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LES HABITANT·E·S DU COURANT

publié le 11 février 2026,
par Herbes Rouges

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Bassin de Caen, quels futurs ?

LES HABITANT·E·S DU COURANT

Archives fabulatoires de l’îlot Saint-Jean

//SMS//

Salut Léo,
J’espère que tu es bien installé là-haut, sur les plateaux. Ici, c’est compliqué, mais on tient. Comme je t’avais dit, je n’ai pas pu partir. Sans voiture, ou endroit où aller, j’ai préféré rester avec ma sœur, Bilal, et les petits. Et puis honnêtement, l’idée de dormir dans un gymnase avec mille personnes et les néons allumés toute la nuit… Bref.
Je précise, parce que les rumeurs vont vite : les rues ne sont pas inondées. L’eau est dans les dessous, dans les égouts et les tuyaux je crois, dans les anciens parkings, dans tout ce qu’on ne voit pas. Et c’est ça le plus dérangeant : on vit au-dessus d’un truc qu’on comprend pas complètement, mais ce qu’on comprend c’est que tout suinte.
Depuis trois jours, des fissures sont apparues dans l’escalier et les sols du 1er étage s’enfoncent légèrement, comme s’ils respiraient. Le plus dur c’est de ne plus avoir d’eau quand on allume le robinet, c’est fou comme les habitudes sont ancrées, ça fait déjà trois semaines qu’on n’est plus relié·e·s au réseau et pourtant je continue à ouvrir le robinet tous les jours sans faire gaffe. L’autre truc c’est l’humidité, surtout au 1er, on a dû déplacer nos affaires parce que le plâtre commençait à s’effriter et je ne te parle pas de l’odeur.
Il y a des technicien·ne·s de la mairie qui sont passés, certains de l’immeuble sont super motivé·e·s à gérer le bordel, heureusement. Moi avec le taff j’arrive à suivre un peu par ci par là comment ça avance.
Je suis passé·e voir ton appart hier d’ailleurs, ils ont mis des croix en bois à tes fenêtres, mais ça à l’air d’aller.
Malgré tout ça, il y a plutôt une bonne ambiance ! Les voisin·e·s montent de quoi cuisiner au 3ème, on partage les lampes à batterie, et on arrive à garder tout le monde au chaud. Le soir, on se retrouve souvent dans l’appartement de ma sœur : l’air y est sec et ça fait du bien. Par moments, on dirait presque un camp d’été… sauf quand l’odeur des égouts remonte, il vaut mieux une petite brise pour vivre ici. Ce qui me fait bizarre c’est que même si les conditions sont difficiles, je me sens presque mieux qu’avant. Je connais tout le monde maintenant, tous les gens qui sont restés, on se serre les coudes même quand on s’engueule et je ne dîne jamais seul.
Il manque que toi, tu me manques vraiment tu sais, donne de tes nouvelles quand tu as cinq minutes.
Et si tu as des infos sur la durée de l’arrêté, dis moi ! Ici, personne n’ose poser la question à voix haute, comme si ça risquait de tout faire basculer.
Prends soin de toi.

Lu à 21h02.

//eMail à un élu//

Bonjour Madame la Maire adjointe,

Je vous écris pour vous donner des nouvelles depuis les Tours Marines où nous sommes encore une cinquantaine à rester ; volontairement pour la plupart ; et à tenir avec l’envie de transformer ce moment en quelque chose de constructif. Depuis votre dernière visite et l’arrivée des deux agent·e·s des services techniques, on sent que la collaboration avance, malgré les conditions.
Merci d’ailleurs pour les cuves de stockage d’eau que vous nous avez prêtées : elles ont été réparties entre les étages encore occupés et on y a déjà raccordé les descentes d’eau pluviale. Les voisin·e·s ont bricolé un premier système de filtration qui fonctionne plutôt bien, à voir s’il tiendra dans le temps. Avec les agents de la ville venus la semaine passée, on a aussi sécurisé l’accès aux R+1, étayé les étages ou l’expert a constaté des désordres, et la petite équipe d’ingénierie improvisée a commencé à vérifier hier la tenue des dalles. Ça rassure beaucoup de monde.
De notre côté, on poursuit les ajustements : le micro-réseau électrique bricolé autour des anciens câbles du tram a été stabilisé avec les batteries que vous nous avez laissées et on a cartographié comme on a pu les zones où l’eau remonte, pour éviter les mauvaises manipulations.
Il reste tout de même des besoins.
Rien d’extravagant mais un second kit de filtres serait le bienvenu au cas où les premiers satureraient, ainsi que des gants et masques de protection afin que l’équipe des “réseaux bas” qu’on a monté avec la Copro puisse continuer à intervenir dans les sous-sols sans risque sanitaire.
Pour votre information, les habitant·e·s de la Copro Marine ont voté hier soir en réunion pour que les prochaines micro-installations que nous montons soient d’abord validées officiellement et intégrées à votre plan d’urgence, histoire de ne pas travailler en “zone grise”.
Merci encore pour votre présence sur place, c’est précieux, et si chacun fait sa part, on arrivera à stabiliser l’îlot.

Dans l’attente de votre retour,

Maxence Lefebvre, secrétaire de la Copro Marine, chargé·e de la co-gestion des submergés.


À bientôt,
Les Herbes Rouges

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